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11. Conclusions générales des recherches

 

À sa création, Handi-Capable ne compte que des membres de trente ans et moins.[i] C’est l’époque de la naissance des organismes de personnes handicapées physiques (p.h.p.), du téléphone à cadran, des lettres à la poste et des rencontres physiques organisées. Une quarantaine d’années plus tard, la fidélité des membres dirigeants à ces moyens de communication est demeurée à peu près immuable.[ii] Et la participation des jeunes à l’action organisationnelle est devenue rare. Ce constat est perceptible à tout observateur lors des rencontres chez les associations de personnes handicapées physiques de Sherbrooke. Les directions de ces associations, devant une réalité si visible, craignent une insuffisance de relève organisationnelle à moyen terme. Leurs missions sont menacées. Mais comment expliquer cette désaffection des jeunes et comment y remédier? Nous nous sommes demandés si les jeunes n’avaient pas adopté d’autres modes de communication et ne se rencontraient pas dans d’autres lieux que ceux où se tiennent les rencontres physiques (à portée de voix) longuement proposées par nos vieilles associations.

Notre recherche nous a fait voir que la grande majorité des répondants à notre questionnaire ont dépassé la quarantaine[iii]. En autant que ça leur est possible, tous et chacun de nos répondants fréquentent d’autres personnes handicapées physiques[iv]. Leurs rencontres se font surtout par le biais de regroupements associatifs[v] et moins fréquemment à domicile[vi]. Leur inscription à des regroupements associatifs de type caritatif sont très diversifiées[vii] et leur large fréquentation des autres associations de même type sans en être membres témoignent d’un intérêt marqué pour les structures organisationnelles[viii]. Mais nous n’y retraçons la présence de jeunes que de manière très aléatoire, selon un constat fait en nous rendant sur place.

Tous nos vingt-cinq (25) répondants ont pour langue d’usage le français, mais près de la moitié parlent et lisent l’anglais[ix].Auquel fait s’ajoutent huit autres langues parlées chez dix d’entre eux[x]. De plus, la majorité des répondants est de formation post-secondaire et la majorité de ces derniers détient un diplôme universitaire[xi]. Plus d’un sur deux poursuit des études[xii]. Ils ont presque tous accès à un ordinateur[xiii] et la plupart utilisent Internet[xiv], mais le clavardage, organisé par Handi-Capable, se limite à une séance par semaine[xv].

Malgré leurs grandes capacités à communiquer entre eux, nous constatons que, en dehors des rendez-vous physiques programmés (associations), la solitude est fréquente chez les répondants. Presque tous ne vivent pas avec un parent[xvi] et ils sont généralement célibataires (sans conjoint). Ils vivent le plus souvent seuls dans leurs logis[xvii].

Le portrait d’ensemble qui se dégage des réponses au questionnaire est complété par la deuxième partie de cette enquête[xviii] qui a porté essentiellement sur la communication électronique. Nous apprenons lors de nos démarches auprès de milliers de personnes que les personnes handicapées physiques appartenant à la tranche d’âge des moins de quarante ans (40-) communiquent en réseaux structurés et souples, de manière soutenue et, bien entendu, sans avoir à se déplacer. Ce, à partir d’un clavier d’ordinateur via un service Internet. Et plus avant dans cette portion d’enquête, nous observons que plus l’on est jeune, plus la communication s’intensifie, se personnalise et se diversifie pour s’affirmer comme un milieu de vie réel auquel participent les personnes handicapées physiques. Si communiquer c’est rompre la solitude, un très grand nombre de personnes handicapées physiques de moins de quarante ans (40-) le fait.

Tous sont témoins de l’évolution accélérée des moyens de communication. Mais n’y aurait-il que les plus jeunes qui participent à l’avenir de la nouvelle communication en y souscrivant pleinement? La première moitié de la population observée, les plus de quarante ans (40+), n’a pas pleinement souscrit à cette modernité. Chez les plus jeunes, cette nouvelle communication s’est substituée à l’habituelle formule de communication en des endroits physiques prédéterminés par des dirigeants d’associations qui ont vieilli.

La menace appréhendée d’un manque de relève découle de l’absence physique des plus jeunes dans les milieux associatifs. Nous sommes convaincus que cette absence tient essentiellement au clivage engendré par deux modes de communication qui s’ignorent largement. L’association, chère aux plus âgés, avec ses rendez-vous physiques structurés, d’une part, et, d’autre part, les réseaux électroniques de plus en plus dynamiques qui attirent les plus jeunes chez qui une part de la communication – des milliers de messages – passe par des moyens différents, non visibles à l’œil des aînés, non audibles et en dehors des salles de réunion. Nous sommes en présence d’une culture tributaire de la communication nouvelle. Elle semble n’appartenir qu’aux quarante ans et moins (40-) dont l’absence, dans les milieux associatifs, menace d’extinction les associations de personnes handicapées physiques. Pourtant, ils communiquent!

 

La capacité de s’adapter pleinement à la communication nouvelle des plus jeunes, à aller plus loin qu’utiliser l’électronique pour envoyer des lettres et des journaux en mode courriel est-elle présente chez les dirigeants? Il semble évident que le développement de cette compétence à s’inscrire dans la nouvelle communication est la seule issue qui s’offre aux organismes de personnes handicapées physiques qui désirent activement protéger leurs associations de la menace d’un manque de relève. Et c’est en ce sens que la direction de Handi-Capable a réorienté la partie de sa communication qui s’adresse aux quarante ans et moins (40-).



[i] Témoignages des aînés de Handi-Capable

[ii] Idem

[iii] Graphiques 3.5

[iv] Graphiques 4.3

[v] Graphiques 8.3

[vi] Idem

[vii] Graphique 8.1

[viii] Graphique 8.2

[ix] Graphiques 3.12 et 3.14

[x] Graphiques 3.15

[xi] Graphiques 9.1

[xii] Graphiques 9.2

[xiii] Graphiques 6.2

[xiv] Graphiques 6.3

[xv] Graphiques 6.7

[xvi] Graphiques 3.8

[xvii] Graphiques 3.3

[xviii] Lire les conclusions

 
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